Trois amours de Cronin (Livre de Poche)

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

trois-amours-92001-250-400.jpgParmi les nombreux ouvrages d’Archibald Joseph Cronin, médecin anglais du début du XXe siècle, qui écrivait pour se distraire, je n’avais pas encore lu « Trois amours ». C’est chose faite de cette saga de quelque 700 pages aussi sombre qu’une nuit sans lune. Il s’agit des trois grandes parties de la vie de Lucy Moore, mariée à Frank, un homme à l’humour chagrin, un peu mou, travailleur sans ambition. Elle tente tout pour qu’il s’élève dans la société, mais, malgré elle, il se réfugie dans les bras de sa cousine, Anna. Il quitte même le domicile conjugal et trouve la mort lors d’une tempête en mer avec sa maîtresse, laissant Lucy et leur jeune fils Peter désemparés.

 

Alors, la jeune veuve sacrifie près de deux décennies de son existence à faire de son enfant un médecin réputé. Elle travaille dans un milieu hostile, économise un maximum au point de se faire arracher deux dents malades sans anesthésie afin de ne pas trop dépenser. Puis, Peter tombe amoureux de Rosie, ce qui déplaît fortement à Lucy. Son fils lui tourne le dos et c’est le deuxième cuisant échec pour cette mère étouffante et castratrice.

 

Enfin, à l’âge dit moyen, elle entre en religion en espérant trouver la paix de l’âme et consacrer le reste de sa vie à Dieu.

 

Au couvent belge où elle est accueillie, la vie s’apparente à un enfer sous la férule de supérieures acariâtres, despotes, violentes et, au bout de quelques mois, elle fuit ce milieu en clamant : « Je suis entrée dans ce couvent avec le désir de m’élever jusqu’à Dieu et vous m’avez toujours abattue, fait retomber dans je ne sais quoi de mesquin et de pitoyable. Vous m’avez tout enlevé. »

 

Elle retrouve l’Angleterre, vaille que vaille, et c’est l’ultime étape d’une vie tourmentée qui place le lecteur dans la tristesse et la révolte, la colère et l’écœurement, la compassion et l’incompréhension. Le personnage pathétique de Lucy Moore ne peut, en aucun cas, laisser indifférent.

 

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La Vierge-Folle de Frédérique Volot (Presses de la Cité)

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« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

 

C’est le Paris du Second Empire, celui d’Achille Bonnefond, détective, une sorte de flic de la Crime, comme on dit maintenant. Pour lui, Paris sans boulevards, c’est un corps privé de cœur. Et, il s’en passe des choses sur les boulevards et, bien entendu, dans les rues et les ruelles qui y aboutissent.

 

« L’atmosphère qui régnait sur la ville embrasait les sens. Achille savait qu’elle était propice au crime. »

Le ton est directement donné dans ce roman de Frédérique Volot titré « La Vierge-Folle » (Les Presses de la Cité), ce qui est déjà une énigme en soi. Ainsi, Achille Bonnefond est reçu par le ministre de l’Intérieur. Celui-ci lui déclare : « J’ai un meurtre sur les bras. Tout frais de cette nuit, au parc Monceau. » Et d’expliquer le massacre d’une femme, rousse, affreusement mutilée, vitriolée, tenant dans une main une lettre adressée à, je cite : « Napoléon, empereur de pacotille, imposteur, traître… », qui devrait subir le même sort que cette pauvre femme.

Avec un art consommé de l’intrigue, l’auteure nous fait davantage la présentation d’Achille Bonnefond (Tamara, sa nourrice devenue sa domestique, ses relations mondaines, dont la très belle princesse Lucile, sa maîtresse favorite, Marthe, son existence de célibataire endurci, sa chatte Pakoune, dotée d’un seul œil…), pour revenir, petit à petit, à l’affreux crime du parc Monceau. Son ancien associé, Félix, le mène à Baise-la-Mort, un chiffonnier habitant un taudis de la Petite-Pologne, l’un des quartiers les plus famés de Paris, car cet ancien truand a certainement des « relations » à lui présenter.

Alors, pour mieux infiltrer le milieu, le détective se transforme en chiffonnier sale, puant, soiffard, mangeant des choses « incertaines ». Est-ce du chien, du chat, du rat, allez savoir ! Quoi qu’il en est, l’alcool sert d’antiseptique chez ces gens. Et, par petites doses (de mauvais vin, d’absinthe…), la rouquine du parc Monceau devient Vierge-Folle, « une piquée de la tourte, ficelée comme une sainte »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une si belle école de Christian Signol (Le Livre de Poche)

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

 « Une si belle école » édité au Livre de Poche est le dix-huitième ouvrage que j’ai lu de Christian Signol. C’est dire son abondante production, résultat d’un succès de librairie indéniable depuis 1984, et mon attachement à ce type de littérature où fleurent bon les parfums campagnards.

Dans le présent ouvrage, c’est la longue carrière d’Ornella, institutrice du Lot, qui est racontée comme une saga qui traverse les programmes scolaires avec ses joies profondes d’apprendre la réussite à l’examen d’entrée en sixième ou pour le certificat de ses écoliers et ses désagréments avec quelques parents hostiles à l’obligation d’envoyer leurs enfants sur les bancs d’école, par exemple.

Mais, issue de la promotion de 1954, Ornella sait manier fermeté et tolérance et c’est elle qui explique pourquoi elle trouve son métier si beau et passionnant :

41VQKIJxLhL__SL160_.jpg« Éveiller des enfants au monde et au savoir, leur donner les forces nécessaires pour devenir ce qu’ils rêvent d’être. Se trouver à la source de cet éveil, les accompagner pendant quelques années en veillant fidèlement sur eux, les voir partir enfin, pour accomplir leur vie, mais plus forts, plus sûrs d’eux, plus confiants et, si possible, épanouis. »

 

 

 

Lecture, dictées, calcul mental, règle de trois, fractions, leçons de choses, histoire sur les grandes dates et géographie sur les fleuves, les rivières et les montagnes, instruction civique et morale…, odeurs de bois, d’encre et de craie, d’encre violette…, mais,  que sont donc devenues nos écoles d’antan ?

 

 

 

 

 

Unique en Belgique !

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 Les Éditions Jourdan (Paris-Bruxelles) lancent une nouvelle collection de « Poche » : PIXL ! J’ai l’honneur d’y être présent avec trois titres : deux nouveaux (« Grands Procès » et « Meurtres au féminin ») et une réédition (« Crimes d’amour »). Bonnes lectures !

Les Enfants de l’école du diable de Sylvette Desmeuzes-Balland (Presses de la Cité)

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

Le curé refusait de baptiser le nouveau-né de l’instituteur de « l’école du diable », car valet de Satan et promoteur de la dissolution des familles et des mœurs. Au catéchisme, des prêtres et des religieuses vouaient aux flammes éternelles les adultes qui fréquentaient des laïcs. Les curés refusaient aussi l’absolution aux jeunes qui dansaient un soir de fête religieuse.

 

Nous étions po9782258104938.jpgurtant en 1953, en Bretagne, loin de l’Inquisition moyenâgeuse. Bien que…

D’autres exemples de cette tension ? Les métayers qui inscrivaient leurs enfants dans l’école dite du diable, risquaient leur bail, les petits artisans la saisie, les commerçants le boycott…

Ce fut dans ce contexte que Julia et Simon, un couple d’enseignants parisiens, débarqua dans un village où le maire, vicomte de son état, leur était franchement hostile.

Elle était institutrice au bourg en concurrence, donc, avec l’école des sœurs, lui donnait et suivait des cours à Rennes, à quelques dizaines de kilomètres de là, leur cinq enfants s’en accommodant vaille que vaille, comme le raconte avec beaucoup d’humanité Sylvette Desmeuzes-Balland dans « Les Enfants de l’école du diable » paru aux Presses de la Cité dans cette belle collection de terroir intitulée « Terres de France ».

Et de conter, également, cette étrange situation de l’institutrice née dans une famille athée, convertie par choix au catholicisme à l’âge de 20 ans et qui, malgré le fanatisme de certains, entendait pratiquer sa religion d’élection.

Sans dévoiler davantage la trame de cette histoire touchante, on devine le climat tendu qui pouvait exister dans ce village breton, mais surtout la tâche pédagogique à mener avec des enfants principalement issus de l’assistance publique :

« Comment faire appliquer des règles de grammaire ou de mathématiques à des élèves qui n’en comprennent pas les mots ? En tant que pédagogue laïque croyante et pratiquante, ma vocation est de former des êtres épanouis à défaut de les mener au certificat d’études. Le travail est immense, l’enjeu passionnant », confia l’institutrice à une amie.

A fortiori, quand un potache évoquait un chien poilu pour un mouton, qu’un autre se faisait sévèrement cogner parce qu’il était traité de fainéant par son entourage alors qu’il avait un sérieux retard, disons, intellectuel, « les enfants qui grandissent sans caresses ne sentent pas les coups de bâton », disait-on.

Eh bien ! Dans cette école du diable, l’institutrice fit, si j’ose dire, des miracles. Elle fut même considérée comme une « héroïne des temps modernes » donnant toutes ses lettres de noblesse à l’école laïque, à l’école pour tous, républicaine, gratuite et mixte.