Le Templier du pape de Jean-Michel Thibaux (Presses de la Cité)

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

Gisla, 8 ans, était recroquevillée sur sa paillasse crasseuse et entendait sa mère gémir. Sa mère, Mahaut, qui avait tué quelque trois cents musulmans à coups de flèches. Oncle Jehan lui faisait encore mal, pensa la gamine.

Alors, du haut de son enfance insouciante mais écornée par les conflits des adultes, elle porta un coup de poignard dans le dos de l’homme, qui fut à peine blessé.

En vérité, sa mère et l’oncle étaient nus et faisaient l’amour, ce que ne pouvait savoir Gisla, quand bien même son destin était déjà lié à celui d’une vieille sorcière juive, disait-on.

La même année, en 1192, le terrifiant « Vieux de la Montagne », considéré comme le guide suprême des Assassins, recevait un émissaire du puissant sultan Saladin : « Il faut nous aider à tuer le roi d’Angleterre et le roi de Jérusalem », lui dit-il.

Durant ce temps, selon Jean-Michel Thibaux, l’auteur du « Templier du pape » paru aux Presses de la Cité, les templiers, les teutoniques et les hospitaliers se jalousaient, les Grecs trahissaient les croisés pour de l’argent et « cette terre qu’on disait sainte était grandement corrompue par les forces malignes. » Il était même question de purifier le Saint Sépulcre avec le sang des Arabes…

47eb6ee09e2301698417b2288f084d8d_tn.jpgVoici une partie du contexte dans lequel se déroule l’histoire, palpitante et riche en rebondissements, racontée avec talent par un auteur qui poussera même le destin de deux de ses personnages à vivre un amour dit impossible.

« Le Templier du pape » est certainement à classer parmi les plus intéressants récits historiques qu’il m’ait été donné de lire, et Dieu sait si j’en ai lus !, tout en soulignant que Jean-Michel Thibaux est également le co-auteur de « L’héritage de l’abbé Saunière » édité aux Presses de la Cité, dont il avait été question en termes élogieux dans la même rubrique « Littérature sans Frontières » en 2012.

 

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Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (2)

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

Me voici, donc, entré de plain-pied, si j’ose dire, dans une série de chroniques dévolues depuis la semaine dernière à différentes pérégrinations de Victor Hugo, l’écrivain touriste ou réfugié politique ; rubriques placées sous le générique de « Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo ».

Aujourd’hui, je vous convie à me suivre à Saint-Valery-en-Caux et à Veules-les-Roses, dans cette magnifique région de Normandie.

Depuis la première commune citée, Victor Hugo écrivit : « Je viens de voir un merveilleux spectacle. L’ouragan qui avait fait rage toute la nuit, était tombé quand je suis arrivé à Saint-Valery-en-Caux. Mais la mer était encore émue et toute palpitante de colère. Nous avons passé huit heures à la regarder, courant à la jetée, grimpant aux falaises, crevant nos souliers aux galets de la plage… La mer était belle. Ce n’était à perte de vue que longues nappes d’écume déployées comme de grandes ailes blanches sur le fond vert et vitreux de l’eau… »

veulesfleuve2.JPGÀ une dizaine de kilomètres, voici Veules-les-Roses, l’un des plus beaux villages de France désigné par Stéphane Bern sur France 2. Ici, ce sont de jolies villas de charme dites « style de bains de mer », d’anciennes maisons de pêcheurs et de tisserands, des chaumières fleuries, des lavoirs, des cressonnières, des moulins, une église du XVIe siècle classée avec des piles étrangement sculptées : une sirène, une tête d’enfant sur un corps de cheval, des coquilles, aumônières et bourdon de pèlerins compostellans, des chouettes, un dauphin, etc.

Veules3.JPGVeules-les-Roses, c’est encore la Veules,  le plus petit fleuve de France, 1 250 mètres, mais puissant avec son débit de 5 000 litres à la seconde, et le souvenir de Victor Hugo quand il vint à quatre reprises (entre 1879 et 1884) chez son ami Paul Meurice. Il se dit, de manière très poétique, que Victor Hugo aimait se promener sur les bords de la Veules et qu’il laissa certainement des rimes accrochées aux arbres alors que les oiseaux en ont encore dans leurs nids…

Victor Hugo offrit un banquet à une centaine d’enfants les plus pauvres de la région et organisa une loterie où tout le monde fut gagnant. Il appréciait également se retirer dans une grotte avec vue sur la mer, grotte qui devint un lieu de contemplation et qui lui inspira l’inoubliable « Oceano Nox » est-il renseigné en ce lieu mythique, à présent honteusement tagué.

Veules10bis.jpgIl y a, encore, des fragments d’un monument où voit Victor Hugo reçu au Parnasse par les poètes de tous les temps : Homère, Dante, Ronsard, Molière, une autre scène où on le distingue entouré de personnages de ses romans : Esméralda, Quasimodo, Jean Valjean, Gavroche, Cosette…, puis, un autre fragment où Victor Hugo se trouve à la tribune de l’Assemblée Nationale.

Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (1)

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

PGF ET VICTOR HUGO.JPGVictor Hugo, écrivain, poète, voire dessinateur, a beaucoup voyagé dans son existence marquée, aussi, par un exil de plusieurs années. Il visita maintes régions de France et à l’étranger et, à chaque fois, il laissa ses impressions dans des lettres, à travers des descriptions d’une haute tenue littéraire, dans des dessins, véritables témoignages de pérégrinations d’un touriste ou d’un réfugié politique.

 

Ce romancier historique, poète classique, pamphlétaire, défenseur des pauvres et des opprimés, protecteur des humbles, adversaire acharné de l’injustice, humaniste, amoureux de la vie et des femmes, père douloureusement atteint par la mort tragique de sa fille Léopoldine, puis grand–père comblé, ce combattant de la Lumière contre la tyrannie et la dictature est souvent mis à l’honneur partout où il posa ses pas et ses bagages.

 

Dans une série de chroniques, j’ai à mon tour posé mes pas et mes bagages dans ceux de l’illustre écrivain et, j’ai lu ou relu quelques-uns de ses écrits, même des graffitis de sa main, qui, en quelque sorte, façonnent l’un des plus merveilleux itinéraire touristique, historique, insolite et littéraire qui soit.

 

Veules14.JPGMes pas m’ont mené au Tréport, à Bruxelles, à Veules-les-Roses, à Étretat, à Vianden, à Mons, à Waterloo, bien sûr, à Paris, à Ault, à Dieppe, à Saint-Valery-en-Caux…, et, la semaine prochaine, pour suivre cette invitation à la découverte ou redécouverte de pans de terroirs et de patrimoines, place sera faite aux bords de la Manche puisque Victor Hugo écrivit : « J’ai vu tous les bords de la mer du Tréport au Havre… Cette haute falaise qui mure la Normandie commence au Bourg-d’Ault, s’échancre à peine pour le Tréport, pour Dieppe, pour Saint-Valery-en-Caux. »

 

Justement, pour davantage illustrer ma chronique, j’ai relevé à la cathédrale de Rouen cette citation que n’aurait pas rejeté Victor Hugo : « Dans toute démarche touristique, il y a une quête mystérieuse d’un Autre, d’un ailleurs… » et gageons qu’il aurait apprécié l’initiative prise à Mesnil-Durdent, un hameau d’une vingtaine d’habitants, soit la plus petite commune de Seine-Maritime où fut créé en 1987, le Jardin des mauvaises herbes ! À savoir, la protection de la flore sauvage disséminée sur les talus, le long des routes, dans les sentiers…

 

Les violons du roi de Jean Diwo (Folio)

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

51z4A93WJGL__.jpgTout commence par un geste qualifié de criminel : une main anonyme jette au feu le « Duc », soit un violon de haute valeur artisanalement fabriqué dans un atelier de Crémone au milieu du XVIIe siècle.

Dans « Les violons du roi » (Folio), Jean Diwo – dont j’avais déjà apprécié « Le printemps des cathédrales » – explique à travers un luthier, personnage principal de son remarquable roman que musique et lutherie vont de pair : « Si les grands musiciens comme Monteverdi nous sont sacrés, nous devons être sacrés aux musiciens. Sans les luthiers, ils en seraient encore à jouer sur la boîte à une corde inventée par les Celtes. »

Ce luthier éclairé, c’est Niccolo Amati qui a parmi ses compagnons et apprentis un certain Stradivari, en cette année 1660 où « Le Duc » partit en fumée…

Mais, à Crémone, on poursuivit sans relâche le travail à la recherche de la « sonorité parfaite » chère, aussi, à cet Antonio Stradivari qui deviendra le plus grand luthier de tous les temps.

Cet ouvrage de Jean Diwo est un véritable hymne à l’amour de la belle musique et au travail artisanal porté à un degré inouï de perfection, c’est, aussi, l’histoire romancée d’un génie inégalé merveilleusement contée.

Lavalette, grenadier d’Égypte par Michel Peyramaure (Pocket)

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

9782266089517-0.jpgJe ne porte pas particulièrement Napoléon Bonaparte dans mon cœur et ses conquêtes et défaites m’indiffèrent assez. Néanmoins, ne dit-on pas qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ? Dès lors, mon attention qui avait été attirée par le titre du roman de Michel Peyramaure « Lavalette, grenadier d’Égypte » et la lecture de la 4e de couverture où il est question d’un jeune paysan provençal maudissant les folies de Bonaparte, firent le reste. À savoir, l’heureuse découverte d’un auteur, membre de l’école de Brive, qui m’était inconnu et celle d’une épopée fantastique.

 

En compagnie de 36 000 soldats, mais aussi de scientifiques, artistes, auteurs…, suivant Bonaparte dans sa campagne égyptienne, c’est la relation de faits guerriers, bien sûr, mais, aussi, celle d’une civilisation dont est issu un certain Ali, un jeune noble, avec qui Lavalette, profond raciste, finira par établir des liens d’amitié.

« Débarquer près de quarante mille hommes sur un continent inconnu, aussi mystérieux que la lune, sans les y avoir préparés autrement que par des proclamations pompeuses et mensongères, était-ce raisonnable ? » se demandaient Lavalette et d’autres de ses collègues d’armes face à, je cite, cette « pouillerie arabe ».

 

Et, encore, cette citation : « Libre à Bonaparte de se livrer à ses singeries hypocrites en présence des muftis ou des ulémas ! Quant à eux, ils eussent traversé l’Afrique à pied pour rejoindre la France plutôt que de laisser leurs os dans le sable du désert. »

Mais, un peu plus loin dans le texte, il y a cette phrase lourde de conséquences dans la suite du récit : « Si le conquérant n’a que mépris à offrir à sa conquête, autant qu’il reste chez lui ! »

 

« Crimes en Belgique » par Pierre Guelff aux Éditions Jourdan

 

41.jpg« Le Soir » de ce week-end à propos de mes « Crimes en Belgique » aux Éditions Jourdan : « Le Soir Magazine propose à ses lecteurs « Les crimes en Belgique », une série de 5 livres signés par Pierre Guelff. Ce célèbre chroniqueur judiciaire a suivi près de 300 procès d’assises dont des dossiers majeurs comme les affaires Dutroux et Fourniret, le génocide du Rwanda, des procès d’islamistes… Dans cette collection passionnante, il revient sur cinq procès, tranches de vie et de mort, véritables reflet de notre société, qui l’ont particulièrement marqué… »

39.jpgEn vérité, il s’agit de dizaines de comptes-rendus d’audiences, de statistiques, d’analyses de spécialistes (psychologues, criminologues…) : « Les plus grands procès » (8 procès), « Meurtres au féminin » (15 procès), « Ces jeunes devenus criminels » (13 procès), « Les grands dossiers d’assises » (8 procès), « Quand l’amour et la passion tuent » (16 procès).

Le vent des Khazars de Marek Halter (Pocket)

 

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 9782266122252.jpgJ’ai apprécié la lecture du roman « Le vent des Khazars » de Marek Halter pour plusieurs raisons : ses références historiques à ce peuple errant, nomade, assez méconnu, du Xe siècle, ayant formé un royaume juif en plein Caucase, la trame romanesque crédible, l’écriture fluide et agréable.

 

Bulan, roi des Khazars, déclarait : « Ainsi, aussi riches que nous devenions, nous demeurerons toujours pauvres, errants et ignorants… »

 

J’ai appris que c’est la seule fois dans l’Histoire qu’un peuple a choisi le judaïsme et, précise l’auteur, que l’intégrité du royaume fut maintenue pendant trois siècles tout en préservant une parfaite tolérance envers les Musulmans et les Chrétiens : « Les Khazars sont riches mais tolérants : si l’élite est juive, le peuple khazar peut être musulman aussi bien que chrétien ou païen. Ce qui fait horreur à l’Église byzantine… »

 

Et qu’en est-il de ce vent khazar titré par Marek Halter ? Il s’agit d’un souffle en tempête légendaire, qui effaçait tout. Tout ! Les traces des animaux et des humains dans le désert ou les montagnes, les travaux des hommes, les champs, les cultures, les habitations… « En somme, le vent des Khazars effaçait les traces de ce qui a été, comme les Khazars eux-mêmes ont été effacés. »

Et puis, en l’an 2000, voici un attentat revendiqué par le « Renouveau khazar » et, ici, le romanesque prend son envol…

J’en termine avec deux citations marquantes : « L’imagination n’est-elle pas toujours l’empreinte d’une vérité encore voilée ? » et « La vie réelle est plus forte que la fiction. »