Tradition et transmission

DSC02393ftDSC02413ftComme j’ai un immense respect pour les artisans, l’occasion d’un reportage pour « Fréquence Terre-RFI » était belle d’aller à leur rencontre lors des Fêtes médiévales au Cinquantenaire (Bruxelles) et d’évoquer avec certains d’entre eux tradition et transmission…

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Résister, c’est se libérer ! 

Ma récente chronique sur « Fréquence Terre-RFI »

Decroly. ft150Un nom qui résonne chez des centaines de milliers de personnes, toutes générations, classes sociales, philosophies et religions confondues, tant ce pédagogue éclairé marque encore les esprits et comportements de citoyens.

Le-jour-ou-tout-bascula150Comme l’explique Jean Lemaître dans son ouvrage « Le jour où tout bascula » paru aux Éditions de la Mémoire (MeMograMes), « la pédagogie humaniste du neuropsychiatre Ovide Decroly (1871-1932), a essaimé à travers le monde et ne perd rien de sa pertinence ». Cet humaniste disait que c’est dans la préparation des jeunes à laquelle tout adulte doit participer, que se trouve le gage, le seul, d’un avenir où la justice et le droit dans le travail solidaire l’emporteront sur la force aveugle et l’iniquité.

Et, l’auteur, avant d’entamer son récit, de clamer que les propos de Decroly relevaient bien « d’une prophétie, plus que jamais d’actualité ».

Ce récit est celui d’une situation réelle avec en bruit de fond celui des bottes gestapistes et la poignante histoire contée force à une double réflexion majeure : a-t-on vraiment compris les leçons laissées par le nazisme et tout autre régime totalitaire du même acabit et aurons-nous le courage de relever le défi lancé par des résistants à toute forme de dictature sous le cri d’espoir : « Plus jamais ça ! » ?

Certains s’y attèlent et le livre de Jean Lemaître, sans être un essai spécifique sur la désobéissance civile, la résistance citoyenne ou autre mouvement pacifiste actif contre l’oppression et l’injustice, se fait, par son histoire en forme de reportage, l’écho d’un engagement actif (et pas seulement de belles théories) pour la liberté.

Un récit historique poignant

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Jean Lemaître.

Paul, avocat, fervent catholique, et Hélène, modeste vendeuse, étaient les heureux parents de Claude. Ce père attentionné, dont la foi n’empêchait nullement le libre arbitre, décida d’inscrire leur unique enfant à l’École Decroly, établissement considéré avant la Seconde Guerre mondiale comme, je cite, « un nid de libéraux et de socialistes anticléricaux où l’on pratiquait une pédagogie sulfureuse, axée sur l’expérimentation et le libre examen. »

Claude s’y épanouit, se fit des amis, alors que Madame Libois, leur enseignante, leur apprenait à « respecter les faits et à suspecter les interprétations », les éveillait à l’esprit critique, développait leurs capacités de raisonnement, de jugement et d’intuition.

Dans la nuit du 10 au 11 mai 1940, Claude fut réveillé en sursaut. Comme des millions de gens, d’ailleurs. Les nazis commençaient à déferler par vagues successives sur l’Europe.

Alors, au fil du temps, l’École Decroly accueillit de jeunes réfugiés, des juifs, de faux étudiants pour échapper au Travail obligatoire en Allemagne. Abraham, le pote de Claude, dut porter l’étoile jaune, l’aviateur anglais caché chez Paul et Hélène échappa de peu aux gestapistes, mais la famille fut dénoncée, arrêtée, incarcérée. Claude fut libéré quelques mois plus tard, ses parents menacés de mort.

Durant cette période, le réseau de l’École Decroly joua son rôle clandestin, une véritable armée de l’ombre de toutes les composantes de l’établissement qui, de la sorte, faisait honneur aux principes fraternels d’Ovide Decroly.

Hélène fit la folle et expédiée dans un asile allemand, son cher Paul fut déporté, Claude trouva refuge en province grâce audit réseau.

Un mot d’ordre émanait de celui-ci, malgré la faim, les trahisons, les tortures, les arrestations, les exécutions : « Résister, c’est se libérer ! »

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Le dernier ouvrage de Jean Lemaître, également aux Éditions MéMograMes, « Signé Zarco ! », le Christophe Colomb portugais.

Si les derniers chapitres sont touchants, grâce soit rendue à l’auteur de ne pas tomber dans le pathos : on y apprend qui livra la famille de Claude à la Gestapo, le sort d’Hélène et de Paul, celui de rescapés qui, vaille que vaille, tentèrent de se reconstruire malgré des existences parfois tourmentées, et, aussi, ce qui traduit bien la philosophie « decrolienne » : « Partir d’une feuille blanche, rabibocher les pays entredéchirés pour rebâtir une Europe unie ».

Hélas, le bruit des bottes se fait à nouveau entendre au loin, comme si l’adage « L’Histoire est un éternel recommencement » était inscrit dans les gênes des humains.

D’où, me semble-t-il, de lire ou de relire cet ouvrage pour tenter de contredire cette hypothèse.

Mort d’une enfant et humanisme « actif »…

Une enfant de 2 ans morte sur une route wallonne, parce qu’elle suivait ses parents qui tentaient de sed5e9a630-85f8-11e4-a4cd-adbbd7964490_originalblog réfugier en Angleterre… Si les Français avaient agi de même à l’égard de membres de ma famille maternelle qui 55blogfuyaient le nazisme et les ont accueillis, ils auraient probablement subi le même sort qu’une cousine et ses trois enfants (9-6 et 2 ans) : morts sous les bombes en 1944/45. (Photo : site L’Avenir). L’aide aux réfugiés, sdf, « vagabonds« … était omniprésente, hier à Midi sur nos Colonnes et l’Humanisme « actif » (et non seulement de belles théories) développé par d’aucun(e)s très réconfortant à entendre en ces temps troublés…

Roger Somville : un artiste parmi les hommes, pas un impérialiste !

DSC01533.JPGDSC01541.JPGDSC01531.JPGDSC01532.JPGDSC01540.JPGDans le cadre de mes cinq chroniques « Mai 68 » sur « Fréquence Terre-RFI » : « Bruxelles et Mai 68 » avec l’évocation de Roger Somville, peintre engagé à gauche, qui fit les calicots pour l’ULB occupée par les étudiants, dont l’un disait « Grosses têtes de l’université et divers gros oiseaux » et fut traité d’« impérialiste artistique », très intéressante rencontre avec Jean Gavilan, galeriste à Woluwe-St-Pierre, qui, jusqu’au 31/1/2018, consacre une expo à Roger Somville, qu’il a côtoyé,  « à son énergie, ses prises de position et son permanent combat », pas du tout un « impérialiste » mais « un artiste parmi les hommes » !

1968-2018 : Mai 68 à travers ses slogans, Radio Barricades… (1/5 sur Fréquence Terre-RFI)

250.jpgSigle-FTdéfinitif 300(2).jpgCinq chroniques sur « Fréquence Terre-RFI » consacrées au 50e anniversaire de Mai 68 : Slogans, Radio Barricades, Che Guevara, L’« autre »  Mai 68 : pacifisme libertaire, désobéissance civile, activisme non violent, Les « enfants » de Mai 68, la presse alternative, Mai 68 perçu dans les médias cinquante ans plus tard…[1]

DSC01518.JPGMême si Daniel Cohn-Bendit, figure marquante des événements de Mai 68, déclara en 2018 au quotidien « Le Soir »[2] qu’il s’agissait d’un « fantasme », alors que dix ans plus tôt dans le remarquable documentaire « 68 » de Patrick Rotman[3], il expliquait que « Mai 68 était le début d’une nouvelle sensibilité sociale, d’une aspiration des individus et de la société civile à une autonomie politique et culturelle », il est indéniable, selon moi, qu’il y eut des répercussions sociétales planétaires et générationnelles de cette période des sixties.

Période où paix, amour et musique déferlent en Californie, où la révolte juvénile prend son envol, alors qu’à 10.000 kilomètres de là, le napalm fait des ravages au Vietnam où 500.000 américains jeunes combattent le communisme du Vietcong.

Les autorités américaines évoquent une « action de pacification ». L’indignation face à de tels propos pour expliquer l’horreur est mondiale.

Alors, par milliers, de jeunes américains brûlent leur carnet militaire, désertent, refusent l’incorporation…

« On veut la paix ! » clament-ils, soutenus par le boxeur Cassius Clay qui est aussitôt  dépossédé de son titre de champion du monde et écope de cinq années de prison.

DSC01492.JPGComme une traînée de poudre, les jeunes radicaux blancs s’associent au « Black Power », dont les actions sont musclées, aux quatre coins du monde, la jeunesse brandit le « Petit livre rouge » de Mao ou le poster de Che Guevara, comme un signe universel de ralliement mais, dans le fond, la plupart ne connaît même pas le leader chinois et l’ami de Fidel Castro, ou, alors, si peu.

La répression ne tarde pas : à Londres, dans l’Espagne franquiste, en Allemagne, à Rome, au Japon, à Paris, à Prague…, on se bat grenades, coups de matraques et tirs contre pavés, barricades, slogans…

Une « Internationale de la jeunesse » s’écrie : « La révolution frappe à nos portes. Ce n’est qu’un début, poursuivons le combat ! Le fascisme ne passera pas ! Halte à l’autoritarisme ! »

La classe ouvrière, scandalisée par la répression face aux multiples victimes et à sa propre exploitation dans les usines et sur les chantiers, entre en grève en France. Sept millions de personnes arrêtent le travail, même le Festival de Cannes et les Folies Bergères mettent la clé sous le paillasson. Jean Ferrat soutient publiquement les contestataires, puis c’est le monde rural qui entre dans les événements.[4]

« Radio Barricades », surnom donné à « Europe 1 », retransmet les événements en direct au grand dam des autorités.

POURPGFMAI68.jpgSoudain, en ce mois de Mai 68, la parole se libère à tous les niveaux, dans toutes les couches sociales, les murs prennent la parole et sont assez explicites à l’égard des patrons, des politiques, des autorités religieuses…

Le général de Gaulle, président de la République française, en convient : « Les événements nous montrent la nécessité d’une mutation de la société »

Néanmoins, la répression se poursuit, des bâtiments et voitures sont incendiés par des ultras, la guerre civile se profile dans une France coupée en deux : les pro et les contre de Gaulle. Brusquement, celui-ci disparaît des radars. Le jeudi 30 mai 1968, au retour de Baden-Baden où il a été prendre le pouls de l’armée, il déclare : « Je ne me retire pas ! »

Des négociations s’engagent entre gouvernement, patronat, syndicats, il y a les « Accords de Grenelle », mais 300.000 personnes descendent dans les rues de Paris pour réclamer un « gouvernement populaire ». Un million de gaullistes répliquent aux Champs-Élysées. Mai 68 s’achève.

Le travail reprend, les Folies Bergères reprennent le spectacle, les banderoles sont décrochées, les murs nettoyés des centaines de graffiti : « Sous les pavés, la plage », « Il est interdit d’interdire », « L’imagination prend le maquis », « Ni robot, ni esclave », « Ni maître, ni Dieu. Dieu, c’est moi », « Nous voulons vivre », « Révolution, je t’aime ! », « Tout le pouvoir aux conseils ouvriers », « Professeurs, vous nous faites vieillir » et, comme une prémonition : « Céder un peu, c’est capituler beaucoup ».[5]

 DSC01491.JPGSi Mai 68 marquent la société, les mentalités, des comportements, les rêves des « grands soirs » s’achèvent : après Martin Luther King qui a été assassiné en avril, c’est au tour de Robert Kennedy d’être abattu en juin 1968, lui qui évoquait l’arrêt de la Guerre du Vietnam, les Soviétiques écrasent le peuple de Prague en août de la même année, des policiers tirent sur la foule à Mexico : 300 morts en octobre 1968…

Alors, terminons cette première chronique consacrée à Mai 68 en revenant sur le « fantasme » décrit par Cohn-Bendit en ce 50e anniversaire. Il s’explique : « fantasme de ceux qui voient en Mai 68 la révolution et l’espoir de changer le monde et de ceux qui depuis cette époque évoquent une déstructuration sociétale ».

Il conclut : « Aujourd’hui, le problème est que l’on ne voit plus d’alternative au capitalisme. »

 Pour notre part, on constatera, au fil des chroniques, que l’espoir né il y a cinquante ans n’a pas été vain et n’est pas mort. Ne fut-ce que sur une prise de conscience de la dégradation de notre environnement et des mesures alternatives crédibles proposées, tout comme l’activisme pacifiste qui reprend force et vigueur en maints endroits de la planète, entre autres.

 

La prochaine chronique sera consacrée au mythe Che Guevara.

 

[1] « Night in white satin », Moody Blues, 1967, « Éloïse », Barry Ryan, 1968, « San Francisco », Scott Mc Kenzie.

[2] Le 6 janvier 2018.

[3] VIV Productions avec la participation de France 2, Histoire, TV5 Monde, TSR et RTBF, 2008.

[4] Jean Ferrat, extrait de « Nuit et Brouillard », 1963.

[5] Léo Ferré, extrait d’ « Il n’y a plus rien », 1973.