Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (4)

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

Fécamp

Fécamp abbatiale6.JPGDans ses pérégrinations touristiques ou d’exilé politique, Victor Hugo a tenu à témoigner de ses passages et séjours dans maintes régions de France et à l’étranger. Pour ma quatrième chronique de la série « Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo », j’ai effectué une très longue halte à Fécamp, plus particulièrement à l’abbatiale de la Sainte-Trinité, un magnifique édifice tout de lumière dont la nef de 127 mètres est aussi longue que celle de la cathédrale Notre-Dame de Paris, tant chantée par Victor Hugo.

 Au sujet de Fécamp, Victor Hugo admira, comme moi, les clôtures sculptées des chapelles construites au début du XVIe siècle et il écrivit à leur sujet, en 1836, « qu’elles constituaient de véritables bijoux… »

Fécamp abbatiale pas de l'ange1.JPGJe soupçonne fort l’écrivain de s’être aussi arrêté auprès d’une étrange empreinte, celle d’un ange ! Je vous livre l’explication donnée à ce bloc de pierre où l’on distingue parfaitement un creux, que caressent de nombreuses personnes par superstition ou tradition. Y passerez-vous aussi vos doigts après ceux de Victor Hugo ?

Voici cette légende :

« Le duc Guillaume Longue-Épée est là, ainsi que l’archevêque de Rouen, les chanoines, toute la Cour et la foule des fidèles. La scène est représentée sous la voûte. Alors que rien n’est encore décidé, un vieillard, tout de blanc vêtu, fend la foule, se dirige vers l’autel et y pose un couteau dont la lame porte l’inscription « Au nom de la sainte et indivisible Trinité », puis il disparaît dans les airs en laissant dans la pierre l’empreinte de son pied. Le message est clair… la collégiale aura pour nom la Sainte-Trinité de Fécamp. Ce « Pas de l’Ange » est ainsi transmis de siècle en siècle. »

Et l’autre pied ? La tradition dit que la deuxième pierre fut insérée dans les fondations de l’église reconstruite Fécamp abbatiale2.JPGau XIIe siècle…

 

 

 

 

 

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Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (3)

 

Étretat et Le Tréport

 

Autre chronique de « Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo », l’écrivain touriste ou réfugié politique que j’ai suivi à la trace tant en Normandie qu’à Paris, au grand-duché de Luxembourg qu’en Belgique, en Allemagne, etc.

Je vous invite à me suivre à Étretat, sa plage, la Porte d’Aval et sa célèbre arche, l’aiguille, formidable menhir naturel de soixante-dix mètres de haut, là où l’écrivain Maurice Leblanc fit un repère pour son Etretat.JPGhéros Arsène Lupin. Il y aussi la chapelle Notre-Dame haut perchée sur une falaise, celle-ci, comme ses voisines faisant face à la Manche, fait partie des plus vieilles roches de France. Elles datent de 2,2 milliards d’années.

Il y a encore la « Chambre des Demoiselles », une grotte de craie façonnée dans une autre falaise qu’un souterrain long de deux kilomètres reliait à un château, selon la légende. Le châtelain fort porté sur le droit de cuissage y enfermait des jeunes filles. Un jour, trois parmi elles disparurent et avaient été transformées en gentilles fées par la grâce divine, dit-on.

Victor Hugo aima ces lieux emplis d’Histoire, de légendes et de mystères :

« Ce que j’ai vu à Étretat est admirable. La falaise est percée de distance en distance de grandes arches naturelles sous lesquelles la mer vient battre dans les marées. J’ai attendu que la marée fût basse, et, à travers les goémons et les gros galets d’herbes peignées par les flots qui sont comme des crânes avec des chevelures vertes, je suis arrivé jusqu’à la grande arche que j’ai dessinée. C’est la plus gigantesque architecture qu’il y ait ».

Et puis, le Tréport a retenu son attention :

« Je n’ai pu résister au Tréport. J’en étais trop près. Il m’attirait violemment, m’y voici » et « Oh ! C’est là qu’on sent les frémissements d’aile. Si je n’avais pas mon nid à Paris, je m’élancerais. », déclara Victor Hugo.

Le texte de la plaque commémorative rappelle cet attachement :

« VICTOR HUGO fut de passage dans cet ancien hôtel-relais de poste qui se nommait à l’époque : « LA VILLE DE CALAIS » le 6 Août 1835. Il y écrivit des lettres à sa femme et à son ami le peintre Louis BOULANGER dans lesquelles il parle beaucoup de sa fascination qu’il avait pour la mer et LE TREPORT. Il retourna au TREPORT le 6 septembre 1837. Une de ses citations extraite d’une lettre adressée à sa femme en 1837 : « Je n’ai pu résister au TREPORT, j’en étais trop près. Il m’attirait trop violemment, m’y voici. J’y suis arrivé cette fois à marée basse. C’est toujours un lieu ravissant. »

 

Le Tréport6.JPGJ’ai également apprécié Le Tréport, sa halle aux poissons, l’église Saint-Jacques perchée au sommet de la cité, le phare en bout de jetée, la montée en funiculaire, ces falaises considérées comme les plus hautes du genre d’Europe avec une altitude de 110 mètres, la chapelle Saint-Julien, et, non loin de Saint-Jacques, l’hôtel où logea l’écrivain en 1835. De cet hôtel-relais, donc, il  écrivit plusieurs lettres, dont voici quelques passages marquants :

 

 « En arrivant, j’ai visité l’église, qui est comme sur le toit du village. On y monte par un escalier. Rien de plus charmant que cette église qui se dresse sans se faire voir de loin aux matelots en mer et pour leur dire : je suis là. (…) Le soir, je suis venu au Tréport, ne pouvant me résigner à me coucher si près de la mer sans l’avoir à la semelle de mes souliers. Je suis content en ce moment, elle vient baver sous ma croisée. Je me suis promené toute la soirée sur la falaise. Oh ! C’est là qu’on sent les frémissements d’aile. (…) C’est toujours un lieu ravissant. Au-dessous de moi, au bas de la falaise, une volée de cormorans pêchait. Il m’a paru qu’ils déjeunaient fort bien… »

 

Une dernière précision avant de quitter le Tréport : Victor Hugo foula les galets, extrêmement durs, de cette cité accueillante, qui, plusieurs décennies plus tard, servirent à construire l’aire de lancement des fusées à Cap Canaveral.

 

 

 

Le Destin d’Alice de Patrice Pelissier (Presses de la Cité)

 

 

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

4101xjhSCcL__.jpgLa revêche Henriette Dénièvre, veuve, mère de jumeaux, Alexandre et André, avait décidé que ce serait le premier cité qui dirigerait le domaine viticole familial, assez réputé en 1936. Tout était réglé, futur mariage du prochain maître des lieux y compris. C’était sans compter qu’Alexandre était amoureux d’Alice, modeste couturière rejetée par la marâtre, lui faisant la promesse : « Nous laisserons derrière nous tous ceux qui pensent que nous ne devons pas nous aimer. »

Dix ans plus tard, Henriette Dénièvre suivait un corbillard en compagnie de son fils André et de son petit-fils Pierre-Alexandre, âgé de 10 ans. Elle fit comprendre à ce dernier qu’on ne se lamentait pas chez les Dénièvre. La réponse fusa : « Pourquoi voulez-vous que je pleure, grand-mère ? Elle ne m’aimait pas. » Elle, c’était sa mère, Joséphine.

Un peu en retrait dans le cortège funèbre, Joseph, l’ancien amoureux éconduit qui avait fui la région. Il vit aussi les deux cadavres d’oiseaux, têtes tranchées et ailes arrachées, déposés près de la fosse. S’il était vrai que la famille Dénièvre n’était guère appréciée, pourquoi, donc, ce sacrilège ? Quel rapport entre Alice, Joséphine et Henriette, celle qui avait « le vrai visage de la haine, pure et brute », entre Alexandre, André, Joseph, Pierre-Alexandre et d’autres personnages (un maître de chais, une cuisinière, une gouvernante, un médecin, une handicapée, tante Lucienne, « la pire des garces »…), que Patrice Pelissier, l’auteur du remarquable « Destin d’Alice » paru aux Presses de la Cité, met en scène de manière magistrale et palpitante ?

Un exemple parmi dix. Au cimetière, Joseph apprit qu’il y avait une autre tombe Dénièvre à l’écart du mausolée familial. Il n’y avait personne dans le cercueil, paraît-il… Outre une trame romanesque digne des sagas les plus appréciées de ce lectorat spécifique, le livre de Patrice Pelissier a, en plus, cette particularité de développer un suspense à rebondissements égal aux meilleurs polars.

 

Le Templier du pape de Jean-Michel Thibaux (Presses de la Cité)

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 

Gisla, 8 ans, était recroquevillée sur sa paillasse crasseuse et entendait sa mère gémir. Sa mère, Mahaut, qui avait tué quelque trois cents musulmans à coups de flèches. Oncle Jehan lui faisait encore mal, pensa la gamine.

Alors, du haut de son enfance insouciante mais écornée par les conflits des adultes, elle porta un coup de poignard dans le dos de l’homme, qui fut à peine blessé.

En vérité, sa mère et l’oncle étaient nus et faisaient l’amour, ce que ne pouvait savoir Gisla, quand bien même son destin était déjà lié à celui d’une vieille sorcière juive, disait-on.

La même année, en 1192, le terrifiant « Vieux de la Montagne », considéré comme le guide suprême des Assassins, recevait un émissaire du puissant sultan Saladin : « Il faut nous aider à tuer le roi d’Angleterre et le roi de Jérusalem », lui dit-il.

Durant ce temps, selon Jean-Michel Thibaux, l’auteur du « Templier du pape » paru aux Presses de la Cité, les templiers, les teutoniques et les hospitaliers se jalousaient, les Grecs trahissaient les croisés pour de l’argent et « cette terre qu’on disait sainte était grandement corrompue par les forces malignes. » Il était même question de purifier le Saint Sépulcre avec le sang des Arabes…

47eb6ee09e2301698417b2288f084d8d_tn.jpgVoici une partie du contexte dans lequel se déroule l’histoire, palpitante et riche en rebondissements, racontée avec talent par un auteur qui poussera même le destin de deux de ses personnages à vivre un amour dit impossible.

« Le Templier du pape » est certainement à classer parmi les plus intéressants récits historiques qu’il m’ait été donné de lire, et Dieu sait si j’en ai lus !, tout en soulignant que Jean-Michel Thibaux est également le co-auteur de « L’héritage de l’abbé Saunière » édité aux Presses de la Cité, dont il avait été question en termes élogieux dans la même rubrique « Littérature sans Frontières » en 2012.

 

Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (2)

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

Me voici, donc, entré de plain-pied, si j’ose dire, dans une série de chroniques dévolues depuis la semaine dernière à différentes pérégrinations de Victor Hugo, l’écrivain touriste ou réfugié politique ; rubriques placées sous le générique de « Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo ».

Aujourd’hui, je vous convie à me suivre à Saint-Valery-en-Caux et à Veules-les-Roses, dans cette magnifique région de Normandie.

Depuis la première commune citée, Victor Hugo écrivit : « Je viens de voir un merveilleux spectacle. L’ouragan qui avait fait rage toute la nuit, était tombé quand je suis arrivé à Saint-Valery-en-Caux. Mais la mer était encore émue et toute palpitante de colère. Nous avons passé huit heures à la regarder, courant à la jetée, grimpant aux falaises, crevant nos souliers aux galets de la plage… La mer était belle. Ce n’était à perte de vue que longues nappes d’écume déployées comme de grandes ailes blanches sur le fond vert et vitreux de l’eau… »

veulesfleuve2.JPGÀ une dizaine de kilomètres, voici Veules-les-Roses, l’un des plus beaux villages de France désigné par Stéphane Bern sur France 2. Ici, ce sont de jolies villas de charme dites « style de bains de mer », d’anciennes maisons de pêcheurs et de tisserands, des chaumières fleuries, des lavoirs, des cressonnières, des moulins, une église du XVIe siècle classée avec des piles étrangement sculptées : une sirène, une tête d’enfant sur un corps de cheval, des coquilles, aumônières et bourdon de pèlerins compostellans, des chouettes, un dauphin, etc.

Veules3.JPGVeules-les-Roses, c’est encore la Veules,  le plus petit fleuve de France, 1 250 mètres, mais puissant avec son débit de 5 000 litres à la seconde, et le souvenir de Victor Hugo quand il vint à quatre reprises (entre 1879 et 1884) chez son ami Paul Meurice. Il se dit, de manière très poétique, que Victor Hugo aimait se promener sur les bords de la Veules et qu’il laissa certainement des rimes accrochées aux arbres alors que les oiseaux en ont encore dans leurs nids…

Victor Hugo offrit un banquet à une centaine d’enfants les plus pauvres de la région et organisa une loterie où tout le monde fut gagnant. Il appréciait également se retirer dans une grotte avec vue sur la mer, grotte qui devint un lieu de contemplation et qui lui inspira l’inoubliable « Oceano Nox » est-il renseigné en ce lieu mythique, à présent honteusement tagué.

Veules10bis.jpgIl y a, encore, des fragments d’un monument où voit Victor Hugo reçu au Parnasse par les poètes de tous les temps : Homère, Dante, Ronsard, Molière, une autre scène où on le distingue entouré de personnages de ses romans : Esméralda, Quasimodo, Jean Valjean, Gavroche, Cosette…, puis, un autre fragment où Victor Hugo se trouve à la tribune de l’Assemblée Nationale.

Sur les pas et dans les pages de Victor Hugo (1)

 

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

PGF ET VICTOR HUGO.JPGVictor Hugo, écrivain, poète, voire dessinateur, a beaucoup voyagé dans son existence marquée, aussi, par un exil de plusieurs années. Il visita maintes régions de France et à l’étranger et, à chaque fois, il laissa ses impressions dans des lettres, à travers des descriptions d’une haute tenue littéraire, dans des dessins, véritables témoignages de pérégrinations d’un touriste ou d’un réfugié politique.

 

Ce romancier historique, poète classique, pamphlétaire, défenseur des pauvres et des opprimés, protecteur des humbles, adversaire acharné de l’injustice, humaniste, amoureux de la vie et des femmes, père douloureusement atteint par la mort tragique de sa fille Léopoldine, puis grand–père comblé, ce combattant de la Lumière contre la tyrannie et la dictature est souvent mis à l’honneur partout où il posa ses pas et ses bagages.

 

Dans une série de chroniques, j’ai à mon tour posé mes pas et mes bagages dans ceux de l’illustre écrivain et, j’ai lu ou relu quelques-uns de ses écrits, même des graffitis de sa main, qui, en quelque sorte, façonnent l’un des plus merveilleux itinéraire touristique, historique, insolite et littéraire qui soit.

 

Veules14.JPGMes pas m’ont mené au Tréport, à Bruxelles, à Veules-les-Roses, à Étretat, à Vianden, à Mons, à Waterloo, bien sûr, à Paris, à Ault, à Dieppe, à Saint-Valery-en-Caux…, et, la semaine prochaine, pour suivre cette invitation à la découverte ou redécouverte de pans de terroirs et de patrimoines, place sera faite aux bords de la Manche puisque Victor Hugo écrivit : « J’ai vu tous les bords de la mer du Tréport au Havre… Cette haute falaise qui mure la Normandie commence au Bourg-d’Ault, s’échancre à peine pour le Tréport, pour Dieppe, pour Saint-Valery-en-Caux. »

 

Justement, pour davantage illustrer ma chronique, j’ai relevé à la cathédrale de Rouen cette citation que n’aurait pas rejeté Victor Hugo : « Dans toute démarche touristique, il y a une quête mystérieuse d’un Autre, d’un ailleurs… » et gageons qu’il aurait apprécié l’initiative prise à Mesnil-Durdent, un hameau d’une vingtaine d’habitants, soit la plus petite commune de Seine-Maritime où fut créé en 1987, le Jardin des mauvaises herbes ! À savoir, la protection de la flore sauvage disséminée sur les talus, le long des routes, dans les sentiers…